Une relation patiente-soignante extraordinaire

Auteur :
Genevieve
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Nous sommes un mardi d’octobre. Je viens à peine d’entrée dans le bureau de ma très dévouée oncologue. La meilleure ! Ce matin, je la sens fatiguée. J’ai envie de lui dire que je l’aime vraiment beaucoup et que malgré la maladie qui prend un peu d’avance, j’ai toujours autant confiance en elle. J’aimerais lui dire de prendre soin d’elle. La serrer dans mes bras. Lui dire d’aller se reposer. Oui, elle est fatiguée car elle était de garde jusqu’à hier soir 21h, puis elle a même été appelée dans la nuit. Elle a très peu d’heures de sommeil dans le corps. Mais elle sait que les patients attendent, ils sont nombreux. Elle ne peut pas sombrer. Je ne vois même pas de café sur son bureau. Elle n’aurait probablement pas le temps de le boire.

On discute des effets secondaires de mon premier traitement de chimio Taxol. Mais c’est le moindre de mes soucis en réalité. Je suis résiliente, je sais que c’est le chemin à emprunter, et il y a pire que ça dans la vie.

4 ans ! C’est mon nombre d’années de survie face au meurtrier, le plus redoutable des cancers du sein, le stade 4. Le métastatique. Ça fait donc 4 ans que mon oncologue et moi apprenons à le connaître celui-là ! Mais aussi nous apprenons à nous connaître. Parfois on parle de nos projets de vie, et nous rions ensemble. Parfois on jase d’autres choses, mais je n’ose jamais rester trop longtemps. Je suis soucieuse de son temps précieux. Elle m’inspire. Je la trouve belle, généreuse et empathique. Je ne sais pas comment elle fait avec une famille de trois enfants, une maman malade, une vocation professionnelle aussi prenante et souvent déchirante…

Je lui ai parlé de l’idée d’écrire un court article sur elle, car je m’intéresse aux émotions, aux sentiments. C’est en quelque sorte mon modèle cette grande dame. Bien sûr qu’on se retrouvera le temps d’une entrevue, car je sens qu’elle aimerait faire avancer la cause. « Parlons davantage des cancers du sein avancés » m’a-t-elle dit. Avant de quitter son bureau sans fenêtre, on s’est fait une accolade. J’ai senti une grande affection mutuelle. Je réalise que j’aurais aimé la serrer plus fort dans mes bras pour la rassurer et lui transmettre un peu de mon énergie. Et aussi pour qu’elle ressente toute la confiance que j’éprouve face à notre relation patiente-soignante.

En partant, elle m’a remise un article qu’elle avait rédigé à la suite de notre premier rendez-vous le 16 décembre 2016, le plus though selon elle, car c’est-ce jour là que j’ai su. Elle savait qu’à ce moment- là, qu’en quelques minutes, en quelques mots, par ces paroles ardues, basées sur des images nucléaires, qu’elle était pour m’annonçait quelque chose qui changerait ma vie à tout jamais. Le rendez-vous d’une quinzaine de minutes fut prolongé de deux heures. Malgré les fameux quotas, elle voulait m’offrir ce temps pour me poser toutes les questions que j’avais. C’est la partie la plus souffrante pour une oncologue d’annoncer cette situation irréversible et peu humaine. De mon côté, je me souviens toujours de ses mots « Oui, on peut vivre avec des métastases, mais on ne sait pas combien de temps ». Donc, je n’étais pas pour mourir tout de suite, mais j’étais subitement devenue une grande malade.

Je m’installe dans la salle d’attente. D’ici une heure on devrait m’appeler pour passer à la salle de traitement. En attendant, je meurs d’envie de lire son texte publié dans le magazine Santé Inc. Détresse et désenchantement est le titre de son article. En lisant les premières lignes, je revis la scène de l’annonce. Décrite à partir de son point de vue, mon histoire la tue. Je ressens sa détresse à travers ses mots « une jeune patiente avec des enfants ».

Tendrement, j’écris ces lignes le lap top posé sur mes jambes et je regarde la salle, assise sur une chaise en cuirette grise, entourée de patients et patientes de 20 à 30 ans mon âge. Encore une fois, je fais l’exception à la règle. Je suis la plus jeune !!

Je pense encore à elle. À ses quotas par heure, à ses patients toujours plus nombreux. Je la vois aller et venir, affaiblie. Elle passe au secrétariat et y dépose ses dossiers. Au moins 4 à 6 personnes touchées par le cancer ont reçu soient des bons ou des mauvais résultats, et cela en moins d’une heure.

Je me promets d’être le rayon de soleil de mon oncologue et de lui dire « ne t’en fais pas, ça va bien aller ». Merci Marianne, grâce à notre travail d’équipe, je vis encore, je défie les statistiques…