Une semaine après mon retour : c’est Noël !

Auteur :
Gene
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Il y a une semaine pile, je descendais de l’avion avec mon œil au beurre noir, des images colorées de Bali plein la tête et mon ukulele au dos. Comme dans un film, une fois passée la douane, j’ai couru avec mon panier contenant mes deux grosses valises (rappelons-le : majoritairement remplies de souvenirs), une autre “tite” valise, mon sac à dos…

Bref, avec mes 60 kg de bagage, j’ai foncé jusqu’à la porte vitrée qui serre de sortie pour traverser à grandes enjambées l’allée qui me sépare de ma famille qui m’attend ! En voyant mon Patou (Sandro) et ma belle Erica, j’abandonne mon charriot plein à craquer en plein milieu de la section des arrivées (on s’en fout, on veut juste se serrer dans nos bras) et je cours jusqu’à eux ne voyant plus rien autour de moi. Je n’avais pas assez de bras et de bouche pour embrasser les deux membres de ma famille. Ma tante Francine et mon oncle Serge sont aussi venus. Ils n’étaient pas bien loin derrière. On s’est dit au revoir rapidement, mais ça m’a beaucoup touché de les voir. Il faut dire que j’avais juste envie de retourner à la maison puisque j’étais pas mal zombie après mes 26 heures d’avion.

Retour à la maison depuis l’aéroport P-E-T : l’enfer ! Trois heures de trafic avant de revenir chez moi. C’est horrible. Je suis impatiente de revoir fiston. La fatigue me gagne dans la voiture, mais je résiste pour écouter ma fille et mon mari me raconter les événements du dernier mois au Québec. Il ne m’en a pas pris gros pour revenir à la réalité. C’était comme une autoroute de “choses à faire ou à régler” qui se dessinait devant moi. Avec des Bip ! Bip ! et des Ting ! Ting ! :

-ma nouvelle Mini doit aller faire un tour au garage (sûrement la batterie défectueuse – je connais ça la mécanique hi ! hi !) $$$

-la plaque de cuisson en vitro céramique a éclaté, il faut la changer $$$

-le toit convertible de la New Beetle à Erica a été changée, il ne me reste qu’à la récupérer et à payer $$$

-notre nouveau bain n’est pas encore branché (merde ! Moi qui pensais m’en faire couler un ce soir) $$$

-la toiture a perdu de ses bardeaux avec la mauvaise température – il faut la refaire $$$

Bon retour au Québec la vieille ! (C’est mon surnom ici, mais je préfère celui de maman Gen)

Ayoye le portefeuille ! Je me sens tout d’un coup coupable d’avoir acheté autant de cadeaux de Noël à Bali…

Quelques symptômes se font présents : petites crampes au ventre, nerf bloqué dans le coup, respiration plus rapide. C’est ça le retour à la maison !

Dis-moi pas que je vais me transformer en symbole d’anxiété après une si belle expérience humaine ? Non ! C’est hors de question. Je pratique ma respiration lente, je ferme les yeux et je défile de belles images ensoleillées de Bali dans ma tête.

Respire maman Gen, respire !

Non seulement je suis le soleil de la maisonnée, mais aussi celle qui trouve les solutions à tout. Mais je peux-tu revenir tranquillement ?

En arrivant à la maison, j’ai dompé mes valises dans un coin. Hors de question que j’ouvre ça ce soir. “Maman” ! Je lève les yeux. C’est mon fiston qui descend les escaliers en courant. Je reconnais son pas. On se fait une succession de cocolles. C’est bon !

J’ai pu respirer son odeur autant que je le voulais. On ne se décollait plus. Comme quand il était petit… Un besoin physique d’être dans les bras rassurants de l’un et de l’autre. Enfin, je me sens utile et désirée de la part de mon adolescent qui m’a pas mal rejeté dans les derniers mois. Tsé, quand ton fils de 15 ans veut s’éloigner de toi, ça fait mal au ti nombril ombilical pas coupé. Bon, c’est vrai que parfois je suis un ti peu intense. Mais pour moi AIMER, ça signifie me COLLER. C’est donc vrai que je peux être collante.

Bon ! Cela dit ! Je me suis endormie devant le feu de foyer, puis j’ai rampé jusqu’à mon lit un peu plus tard pour me COLLER dans les bras de mon Sandro. Ce rituel qui m’avait tellement manqué était d’un réconfort et d’une tendresse absolue. Bonne nuit !

***

Dès le lendemain… Hop ! Hop ! Hop ! Rendez-vous à l’hôpital. Bien oui ! Ça aussi, ça m’attendait, mais ça ne me manquait pas. Une tite piqûre par-ci, une tite piqûre par-là. Un peu d’attente par-ci, un peu d’attente par-là. Puis hop ! C’est mon tour. Rencontre avec l’infirmière pivot pour me faire dire qu’on a une bonne nouvelle (ENFIN !) : Mon sang est beau ! “On commence le nouveau traitement la semaine prochaine”. Les bonnes nouvelles sont toujours relatives d’une personne à une autre, n’est-ce pas ?

***

En revenant à la maison, fiston vient de se réveiller : il a faim ! J’ai pas vraiment le moral pour lui faire un dîner du siècle. “Regarde dans le frigo Mattéo ?” et lui de répondre “Il n’y a rien”. Je lui énumère toutes les possibilités, mais rien ne lui tente vraiment. Mon cœur se serre. Je suis fatiguée. J’ai envie de faire une crise de nerfs, mais je respire à la place.

Je tente depuis mon retour de mettre de la couleur et de la tendresse dans ma maison, mais je ne trouve pas ça si facile, car je suis encore en mode “slow life”. En m’accordant ce droit de penser, je visualise les deux situations qui auraient pu se produire : faire des petites saucisses cocktail roulées dans le pain pour mon fiston et le rendre heureux pendant qu’il écoute Norman sur YouTube ou capoter puis me décevoir moi-même. J’ai décidé d’oublier ma petite fatigue du moment, le décalage horaire, le retour frappant, les deux valises à défaire, la routine qui ne me tente pas, la zénitude qui me fuit et j’ai pensé à la chance que j’avais de pouvoir faire ça ! J’ai mis de côté la liste de choses à faire et j’ai fermé le son de mon système nerveux. Pas de bip ni de ting.

***

Voici mon message de Noël !

Chaque moment peut se transformer en moment unique, surtout lorsque vient le temps de passer du temps avec les siens. Ne les remettez pas à plus tard. Oui, on a tous des préoccupations, des choses à faire, des listes à cocher. Repoussons plutôt les tâches pour manger des saucisses cocktail, les pieds entortillés sous la couverture, couchés sur le divan en regardant une vidéo de Norman avec son ado de quinze ans…

Aujourd’hui, c’est Noël ! 2019 aura été bonne année pour moi, mais plus difficile pour d’autres. J’ai donc utilisé toute la belle énergie que j’avais pour en redonner aux autres : parents, amis, personnes touchées, et aussi, ma propre famille. Mon fiston a eu grandement besoin de sa maman cette année. J’étais si heureuse de pouvoir être là pour lui. Ça n’a pas été facile, mais il y a toujours du positif dans tout. Quand on tombe, on en ressort toujours plus fort si on décide de se relever. J’ai vu que mon Mattéo avait cette force de caractère. Je suis très fière de lui. Et que dire de ma belle Erica, qui a pris tellement de maturité. Elle a appris à voir les choses avec beaucoup d’humour et elle nous fait bien rire, surtout lorsqu’elle joue à la thérapeute et qu’elle se met à relativiser les choses, genre “il y a des choses pires que ça dans vie Mom” !

C’est bien vrai. Je suis en santé et je suis heureuse même si la panthère rose me poursuit de Noël en Noël. Ce sont les fesses ultras sensibles (j’ai été injectée hier au Fulvestrant, un bloqueur d’hormones dans les deux foufounes) que je passerai mon 25 décembre 2019. Et dès demain, je débute également une chimiothérapie ciblée en pilule. Rien pour me plaindre. Au contraire. Je suis en vie !

Je vous souhaite de la SANTÉ et aussi de l’AUDACE pour délaisser les besoins matériels pour faire plus de place à vos rêves les plus fous… La fameuse “bucket list” est aussi importante que votre fonds de pension !

J’ai une pensée toute spéciale pour ma famille balinaise…

Moi, en 2020, je vais apprendre l’italien, je vais voyager encore et encore et, j’espère, arriver à jouer “Over the rainbow” au Ukulele tout en chantant les paroles et que ça sonne bien. Ha ! Ha !

Développez aujourd’hui votre plus beau cadeau : l’amour de soi.

Joyeux Noël xx